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PHILIP MORRIS FRANCE | PMF : « + 82 % sur la contrefaçon de tabac »

29 septembre. Dans le journal quotidien breton Le Télégramme, le chef du service prévention du commerce illicite de Philip Morris France, Daniel Bruquel, a répondu à une interview au sujet de la contrebande-contrefaçon.  

Les réponses de Daniel Bruquel :

Quelle est l’ampleur du trafic de cigarettes, aujourd’hui, en France ?

La contrebande et la contrefaçon représentent environ 400 millions de paquets. Depuis deux ans, les trafics de contrebande se réduisent alors que l’accélération de la contrefaçon est assez marquée. Le cabinet KPMG évalue à 82 % l’augmentation, en 2019, de la contrefaçon de cigarettes ! Cela représente 42 millions de paquets contrefaits. Au total, ces trafics représentent trois milliards d’euros de taxes qui ne rentrent pas dans les caisses de l’État et près de quatre milliards d’euros de chiffre d’affaires qui n’est pas réalisé dans le réseau légal. On peut donc estimer à deux milliards d’euros les revenus tirés par les organisations criminelles qui contrôlent le trafic. Un chiffre énorme qui approche les trois milliards du marché des stupéfiants.

 

Comment ce trafic a-t-il évolué cette année avec le confinement ?

Les fermetures de frontières en Europe ont provoqué un report important des fumeurs vers les buralistes qui ont vu leurs ventes augmenter de 25 % sur la période dans les départements frontaliers. Pour autant, le trafic de contrefaçon n’a pas ralenti : le recours aux réseaux sociaux a été massif avec jusqu’à 800 annonces par mois de vendeurs organisés, soit quatre fois plus qu’en 2019. Ces groupes comptent chacun 20 000 membres, ce qui représente une zone de chalandise de 16 millions de personnes ! Le mode opératoire s’est aussi très vite adapté en proposant de la livraison à domicile et du drive, qui rendent le produit facilement accessible.

 

Quels sont les réseaux à l’œuvre derrière ces trafics ?

Il y a d’abord des fumeurs qui se fournissent à l’étranger pour leur consommation personnelle et évoluent vers de la vente à leurs proches, voire sur les réseaux sociaux. Il y a ensuite de la contrebande qui vient d’Afrique du Nord pour être revendue dans des spots connus. Le volet le plus sophistiqué est celui opéré par de la criminalité organisée pure et dure. Les flux qui arrivent en France proviennent d’Espagne et surtout de Belgique et des Pays-Bas : ces pays disposent de grandes zones industrielles, dans lesquelles il est facile de s’installer, et de voies de transports rapides vers la France et le Royaume-Uni, les marchés les plus lucratifs d’Europe.

 

Quels sont leurs modes opératoires ?

Historiquement, ces groupes, dits de voleurs dans la loi, opéraient depuis l’Ukraine. Mais le conflit avec la Russie, en 2014, les a obligés à s’installer en Pologne et en Roumanie, ce qui leur a permis de s’implanter au sein de l’UE, avec des usines et des espaces logistiques. Ce sont en fait plusieurs groupes différents, structurés comme pour le trafic de stupéfiants. Ils implantent une usine où ils opèrent pendant trois à six mois pour produire en flux tendus. Ils la démantèlent ensuite pour s’installer ailleurs. Un mouvement permanent qui complique le travail des autorités, d’autant que les filières sont organisées en multiples strates étanches entre elles. Ces groupes criminels ont fait le calcul que la contrefaçon de tabac était lucrative, avec des revenus conséquents et des peines de prison beaucoup plus faibles que pour les stupéfiants. Ils utilisent une distribution fine avec des camionnettes pour éviter, en cas de saisie, des peines trop lourdes.

 

Quels sont les impacts de ces trafics illicites ?

En plus de l’impact financier, il y a un impact sanitaire avec des produits fabriqués dans des bâtiments insalubres, sans respect des normes européennes. Le consommateur, séduit par une différence de prix qui va du simple au double, se laisse duper car il n’y a pas de campagne d’information pour l’alerter sur ces risques. Cela affaiblit considérablement la politique de lutte contre le tabagisme. Il faut ajouter que l’enracinement de la criminalité organisée, dans les métropoles comme dans les villes moyennes, crée des problèmes importants de sécurité sur la voie publique.

 

Quelles sont les raisons qui poussent à cette augmentation de la contrefaçon ?

La demande croissante provient de l’augmentation régulière des taxes, qui aboutit à un paquet de cigarettes à 10 €, aujourd’hui. Le rapport KPGM indique une augmentation régulière de la consommation hors buralistes, de 2012 jusqu’en 2017, où il y a eu une stagnation, suivie d’une reprise en 2018. Ce plateau est très clairement lié à l’absence d’augmentation des prix pendant trois ans. Les trafiquants, avec un coût de fabrication à 1 € le paquet, réalisent de belles marges car, au bout de la chaîne, il est vendu à 5 €. Il y a là un effet pervers de la politique de santé publique dont le levier principal est d’augmenter les prix.

Lire l’interview dans son intégralité

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