Tabac

L'Édito | Marchés parallèles du tabac : en légère hausse en 2020, mais avec +600 % sur la contrefaçon

Bruno Cornec, rédacteur en chef

La situation 2020 du marché parallèle du tabac nous apporte six grands enseignements sur la base du bilan des saisies des douanes et de l’étude KPMG financée par Philip Morris, sur la base de 100 000 paquets de cigarettes ramassés dans la rue (voir aussi en page 35 du numéro de juillet-août 2021) ...

L’ACTIVITÉ DES DOUANES BAISSE FORTEMENT

Les saisies de tabac en France en 2020 chutent aussi bien en nombre de constatations à -10,74 % (15 441) qu’en volume à -21,03 % (284,5 tonnes). Mais si les douaniers ont fortement subi le contrecoup de cette crise sanitaire, c’est surtout en comparaison avec les données de 2019, qui avait été une année exceptionnelle en matière d’activité douanière.

UN MARCHÉ PARALLÈLE EN LÉGÈRE HAUSSE

Selon l’étude 2020 de KPMG, le total des achats transfrontaliers – duty free, contrebande et contrefaçon – a augmenté de 0,3 point en atteignant 30,4 % de la consommation de tabac en France (contre 30,1 % en 2019).

ACHATS TRANSFRONTALIERS ET CONTREBANDE S’EFFONDRENT

La fermeture des frontières pendant la crise sanitaire a fait chuter de 30 % les achats transfrontaliers et la contrebande. Les Français qui ont été bloqués dans leurs déplacements internationaux n’ont pas pu acheter autant de produits du tabac, avec qui plus est la nouvelle réglementation datant de juillet 2020 qui a imposé une limite d’acquisition à l’étranger à seulement une cartouche de cigarettes.

LA CONTREFAÇON DE CIGARETTES EXPLOSE

Si les particuliers ont eu du mal à traverser les frontières, ce n’est manifestement pas le cas des trafiquants. Selon KPMG, le volume de cigarettes contrefaites a grimpé de plus de 600 %, en passant de moins d’un milliard d’unités en 2019 à presque 6 milliards de cigarettes de contrefaçon en 2020. Désormais, presque 12 % de la consommation de cigarettes en France est réalisée avec des produits contrefaits.

LA CRIMINALITÉ ORGANISE LA CONTREFAÇON

Manifestement, les trafiquants internationaux (situés surtout jusqu’à présent dans l’est de l’Europe) ont rapproché leurs fabriques des frontières hexagonales, afin de faciliter le transport et le passage des frontières françaises. En effet, l’Hexagone est utile pour deux raisons : c’est un des pays d’Europe où le tabac est le plus cher et le tunnel sous la Manche ou nos ports permettent d’atteindre le Royaume-Uni. Puis les réseaux criminels se sont associés à la petite délinquance française pour vendre leur production contrefaite. La vente à la sauvette de tabac devant les entrées-sorties de transport en commun et au pied des débits de tabac s’est renforcée, tout comme la commercialisation au travers des réseaux sociaux.

VA-T-ON BASCULER DURABLEMENT DANS LA CONTREFAÇON ?

Un certain nombre de fumeurs, qui achetaient leurs cigarettes grâce au marché parallèle et qui devaient surstocker de façon coûteuse leur consommation, pourraient malheureusement basculer durablement dans la contrefaçon. Et ce pour deux raisons : c’est moins cher à l’achat (entre 3€ et 5€ les 20) et surtout on peut acquérir ses cigarettes à l’unité, sans avoir à investir sur plusieurs semaines pour rentabiliser le carburant du déplacement.
Le résultat risque d’être catastrophique pour la santé publique si le phénomène s’installe durablement, avec un maintien dans une consommation de tabac peu coûteuse et encore plus dangereuse avec des produits contrefaits à base de déchets, de carton et d’excréments de rongeurs, si l’on en croit les analyses réa
lisées sur ces produits.


Par Bruno Cornec
rédacteur en chef
b.cornec@aucoeurdesvilles.fr

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